Il faut bien être sur ses gardes pour reconnaître la fausse monnaie que donne un ami.
Honoré de Balzac

"Chèques en blanc"

Où l’on apprend qu’un propriétaire de pub peut devenir banquier du jour au lendemain.

Image : ARCHIVES DE LA BANQUE D'ANGLETERRE

Irlande, 4 mai 1970. C’est la catastrophe ! Le journal Irish Independent vient d’annoncer une nouvelle très inquiétante : les banquiers sont en grève et toutes les banques du pays sont fermées jusqu’à nouvel ordre !

De nombreuses questions jaillissent. Sans banques, comment va-t-il être possible de payer ses Guinness ? Faut-il aller retirer toutes ses économies et les stocker sous l’oreiller ?

Six mois plus tard, la grève est terminée. Et le bilan est stupéfiant. L’Irlande n’a pas le moindre mouvement de panique bancaire, et la croissance économique a été au beau fixe !

Que s’est-il passé ? En l’absence de banques, l’économie a pu tourner grâce à des commerçants particuliers : les propriétaires de pub ! Centraux dans les villages, ils avaient la confiance des citoyens, et leur faisaient confiance en retour : ils ont donc accepté comme moyen de paiement des chèques qui ne seraient encaissés qu’à la réouverture des banques.

Puis ils se sont mis à faire circuler ces chèques, comme si cela avait été de la monnaie sonnante et trébuchante. En faisant cela, ils ont joué un rôle d’intermédiaire des échanges économiques, et sont devenu sans le savoir des sortes de banquiers.

Photo : THOMAS JAN KACZYNSKI