C’est presque une règle générale que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces.
Charles-Louis de Montesquieu

"Marché conclu !"

Où l’on apprend qu’on ne marchande pas seulement pour obtenir le meilleur prix.

Illustration Artips

1981, à Agadir, au Maroc. Une vieille paysanne lourdement chargée guette l'arrivée du car qui doit la conduire au marché de la ville. Elle va y vendre ses fruits et légumes.

Arrive un homme riche et pressé. Il lui propose d’acheter tout son stock, ce qui la déchargerait d’un lourd fardeau. Mais la vieille paysanne refuse. Pour quelle raison ?

Écoutons-la : "Je ne me suis pas levée à l'aube pour me débarrasser en un clin d’œil de tous mes fruits et légumes. Je vais à Agadir m'installer dans mon petit coin, étaler mes produits, saluer le gardien, demander des nouvelles de Rahma qui est malade, et vendre mes oranges et mes tomates à plusieurs personnes. [...] Je ne me débarrasse pas de ma marchandise, je la vends. Et je passe toute une journée à la vendre. Sinon quelle vie aurions-nous ?"

Cet échange entre la paysanne et l’homme riche est en fait raconté par l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun dans l’un de ses romans. Il illustre bien le fait que la relation marchande entre des acheteurs et des vendeurs, c’est bien plus que de l’économie : c’est aussi du lien social !

Souk El Had à Agadir / Photo : Martin et Kathy Dady CC BY-ND 2.0